xit la toque blanche et le dîner romantique au son des violons. Exit aussi le buf bourguignon, le veau marengo et la fricassée de cuisse de grenouille. Place à la nouvelle cuisine et au nouvel art de manger. Ces cinq dernières années, de nombreux restaurants proposant cette nouvelle cuisine ont vu le jour à Paris. Leurs points communs : un décor branché, une clientèle ultra sélectionnée, des prix excessifs, mais surtout une gastronomie plus exotique, principalement orientale.
Les français seraient-ils lassés du contenu de leur assiette, qu'ils jugeraient trop banal ? Seraient-ils las de la Lorraine et sa quiche, de Strasbourg et ses saucisses, de la Bourgogne et ses escargots, de l'Auvergne et sa potée ou encore de Bayonne et son jambon ? C'est peu probable quand on connaît la qualité et la variété des mets français. Peut-être auraient-ils juste besoin de vacances
| Hier
Marrakech
et ce soir
Phuket
Dîner dans une brasserie parisienne ou dans un grand restaurant gastronomique comme la Tour d'Argent n'est plus le summum de la branchitude. La carte et l'excellence de la chair |

Xu |
n'ont certes pas pris une ride, mais on ne peut en dire autant de la clientèle. Il n'est plus très bien vu quand on a moins de 40 ans, d'aller déguster un homard farci aux cèpes aux Grandes Marches. Pour se faire remarquer, il vaut mieux s'offrir une séance de fooding au Shozan, un restaurant indien à la mode du huitième arrondissement, où l'on vous offre le saké dans une tige de bambou. Evidemment, c'est bien plus excitant qu'un simple Dom Pérignon servi dans une flûte en cristal par un serveur tiré à quatre épingles. Pas la peine de chercher la nouvelle génération plus longtemps, elle s'éclate au Xu, au Zo, au Tanjia, au Buddha bar, au Montecristo. C'est maintenant l'ouest parisien qui sert de QG aux jeunes gastronomes.
Certains grands chefs l'ont d'ailleurs bien compris et ont choisi de se reconvertir dans ce nouveaux type de restauration. C'est le cas d'Alain Ducasse qui a ouvert l'année dernière le Spoon, rue de Marignan, où l'on peut déguster dans une ambiance très " fashion " des sushis au foie gras, du poulet au coca et de la glace au malabar pour la modique somme de 100 euros. La liste des restaurants comparables au Spoon est longue. Le Buddha Bar est l'un des plus fréquentés, tous les ingrédients ayant été réunis pour que la recette soit un succès. Ici comme dans tous les nouveaux restaurants, la décoration a été confiée à un véritable relooker : |
lumière tamisée, encens, lampes pieuvres, rambardes en bois sculpté, tout cela sous l'il trop sage d'un Buddha géant. La musique diffusée est un genre de house orientale aux sonorités indiennes. Quand à la cuisine, qui devient presque secondaire, elle est principalement asiatique, bonne mais pas de quoi déplacer l'Himalaya. Pour 70 euros on s'offre un petit séjour dans un temple Tibétain.
Autre destination à la mode : le Tanjia. Les célèbres Guetta, maîtres des nuits parisiennes, ont laissé tomber leurs Bains Douches au profit d'un restaurant oriental. Alcôves, poufs brodés, kilims, sofas, couscous et tagines sont au rendez-vous. La traditionnelle choucroute de Colmar n'aurait probablement pas eu le même succès ! De nombreuses personnalités, mannequins, producteurs et autres membres de la jet-set ont envahi ces lieux où l'exotisme est roi. Dans les cuisines du Nirvana situé avenue de Matignon, dont le chef n'est autre que Maurice Guillouët, ancien du Ritz, la spécialité est la " fusion food " : wraps (galettes de blé d'Amérique du sud), tandoori, tajines de pâtes aux dattes, ou encore makis de chèvre au pain d'épices. Une fois de plus, le décor paradisiaque joue son rôle de tour operator. Les murs roses et violets, les totems indiens et le balcon du Rajasthan du XVIIème nous guident sur les routes de Katmandou, là où, il y a quelques années, on partait en pèlerinage lorsqu'on était en mal de couleurs, de chaleur, bref, en mal de vie.
| 
Zo
|
Besoin
de
changer
d'air ?
On ne compte plus les Tanjia, Korova, Poona Lounge et autre Nobu qui se sont ouverts récemment.
Une cuisine exotique et plus colorée semble avoir été préférée
|
à la gastronomie française, qui manque probablement de renouveau. Peut-être les jeunes sont-ils tout simplement las d'une France qui ne se revendique que lorsqu'elle gagne un match de football. Ils expriment leur besoin de voir du pays par le simple fait d'aller dans ces lieux où l'évasion n'est qu'artificielle. Peut-être aussi, ont-ils réalisé que même la bonne cuisine traditionnelle n'est pas à l'abri de " l'invasion " des OGM.
Même les fast-foods, qui désacralisent en quelque sorte le rituel du repas, finissent par le rendre aussi fade que les frites. Les jeunes ont pris leur revanche sur cette "malbouffe", mais aussi sur le quotidien, devenu un peu trop gris. Ils choisissent leurs nems en fonction du DJ et pour l'instant ils sont très satisfaits comme ça
Camille Delon - © 2002
|